Entreprenariat : partager les expériences
pour soutenir la création d'entreprises en région.
L'Euro-Info Centre Marseille-Provence a initié
une action visant à promouvoir l'esprit d'entreprise et qui est
soutenue financièrement par l'Union européenne. Cinq rencontres
sont organisées autour de cinq chefs d'entreprises locaux, chaque
rencontre mettant en valeur une qualité jugée essentielle
pour être entrepreneur.
Eric Ammar, directeur-général de la société
GILCLAUDE, a reçu le 21 septembre dernier 20 porteurs de projets,
créateurs et étudiants afin de partager avec eux son expérience
de chef d'entreprise.
Q - Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?
R - La société Gilclaude a été créée
à Marseille en 1958 dans le secteur de la confection par mon grand-père.
Il avait été expulsé d'Egypte après la nationalisation
du canal de Suez. L'entreprise a bien fonctionné jusque vers les
années 1985-86 où l'on a assisté à une délocalisation
des métiers textiles qui a frappé durement l'entreprise
: la production ne s'est plus avérée viable et en 16 mois
la société qui employait 50 personnes a été
restructurée.
Je terminai alors mes études d'expertise comptable et j'ai décidé
de faire redémarrer l'entreprise avec mon père. Nous avons
fait deux choix stratégiques : travailler seulement avec des gros
clients (grande distribution, vente par correspondance, chaînes
spécialisées) et ne pas aller trop loin. Aujourd'hui l'entreprise
vend 2 millions de vêtements par an avec une équipe de 14
personnes sur Marseille. La production se fait en Egypte avec une unité
de production qui lui appartient et qui compte 200 personnes. Un show-room
vient d'être ouvert en Turquie.
Q - Le secteur textile a connu de nombreux bouleversements.
Quelles sont, selon vous, les évolutions majeures ?
R - Trois éléments sont importants : la créativité
(au siège à Marseille nous avons les stylistes, le chef
de produits, nous réalisons les prototypes) ; la réactivité
(nous sommes capables de créer, fabriquer et livrer en 6 semaines
un programme promotionnel à la demande d'un client) ; la capacité
à évoluer (la logistique prend une importance croissante,
la visibilité sur le marché est de plus en plus courte).
Q - Que recommandez-vous à un créateur
?
R - Il faut avoir une conviction et se fixer un cap, jalonner sa démarche
et être capable d'auto - critique et d'écoute du client.
L'essentiel c'est le contact sur le terrain : prendre des risques mais
ne pas faire n'importe quoi.
Q - Ne pensez-vous pas que l'un des problèmes
du créateur c'est l'isolement ?
R - Tout à fait et c'est pour cette raison que je préconise
de s'engager très tôt dans des réseaux afin de pouvoir
échanger avec d'autres entrepreneurs. Ainsi je me suis rapidement
engagé auprès du Centre des Jeunes Dirigeants. Je suis également
actif à l'Union pour les Entreprises et à la Chambre de
commerce et d'industrie.
Q - Quelle autre qualité vous paraît
importante pour un entrepreneur ?
R - Il me semble qu'une qualité essentielle c'est la capacité
à imaginer ce qui va se passer après. Ainsi dans mon secteur
d'activité, on s'oriente vers une centralisation des marchés
textiles avec la mise en place de plates - formes européennes et
la constitution de bassins de production, par exemple un bassin de production
euroméditerranéen. Il faut être capable de bâtir
une réponse commerciale à ce défi.
Q - Quels sont d'après vous les avantages de
votre entreprise par rapport à ses concurrents ?
R - Notre capacité à apporter à nos clients une information
produit, notre réactivité, un niveau de prix compétitif
et notre perception commerciale. En effet il n'y a plus de grandes entreprises
et des petites entreprises mais des entreprises rapides et des entreprises
lentes !
Q - Qu'est-ce qui vous paraît important lorsqu'on
crée son entreprise ?
R - C'est l'action qui est primordiale pendant les trois premières
années. Il ne faut pas passer trop de temps sur les aspects juridiques,
sociaux. De même en matière comptable, ce qui importe c'est
de maîtriser sa trésorerie - ne pas négliger l'évaluation
Banque de France !
J'aime citer une phrase de Pierre Bellon, pdg de Sodexho
qui dit en substance " moi j'ai réussi parce que j'ai essayé
une fois de plus que les autres. "
L'équipe de l'Euro-Info Centre adresse tous ses remerciements
à Eric Ammar
pour sa disponibilité et son langage franc et direct.
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