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Brèves et actualités | Technologies et innovation


Vent d'ambition pour la recherche européenne.

Depuis le début de l'année 2004, la Commission a ouvert un débat très ambitieux sur l'avenir de la politique européenne de recherche, dont elle a proposé de doubler le budget. En juin dernier, elle a esquissé les grandes orientations stratégiques de ce renforcement. Le point avec Achilleas Mitsos, Directeur général de la Recherche au sein de la Commission.
Parmi les principales propositions de la Commission, la création d'un Conseil européen de la recherche (CER), demandée avec insistance par la communauté scientifique, constitue une innovation majeure. Que doit apporter ce nouvel instrument ?

Le cap fixé par l'Union - ce qu'on appelle la stratégie de Lisbonne - est de fonder sa prospérité et sa compétitivité en relevant les défis du passage à la société de la connaissance. Pour ce faire, il apparaît clairement qu'elle doit renforcer ses capacités et son excellence également dans le domaine de la recherche fondamentale, dont les buts sont souvent incertains et les résultats aussi inédits qu'aléatoires. Ce qui pose de nouvelles questions. On voit mal, en effet, sur quelles bases de connaissances le Conseil, la Commission ou le Parlement pourraient dire aux scientifiques : "faites des recherches sur telle ou telle particularité physique ou biologique énigmatique, et trouvez-nous quelque chose…"

C'est pourquoi l'innovation singulière de la mise en place d'un CER consiste à offrir une autonomie à la communauté scientifique pour le choix des priorités de recherche qui peuvent être financées sur un budget européen. Ce n'est pas une "largesse" octroyée à la science. Le but du jeu est d'instituer un principe rigoureux de compétition pour l'excellence, arbitrée sur le schéma du peer review, et pour laquelle la concurrence sera sévère.

L'idée d'un CER est-elle acceptée par les Etats membres et quel serait l'ordre de grandeur de ses moyens financiers ?

L'idée fait son chemin. C'est une formule qui a fait ses preuves. Le prestige des recherches menées sous les auspices de la NSF aux Etats-Unis est mondialement reconnu. Des structures d'excellence de ce type existent au Royaume-Uni et dans d'autres pays du Nord de l'Europe.

Quant aux moyens, le premier acte doit se jouer d'abord sur le consensus quant à l'augmentation du budget global accordé à la politique européenne de recherche. Après, on discutera de la répartition. Disons cependant que le lancement du CER exigera des moyens importants.. Dans des domaines ciblés avec une relative précision, on peut faire des "instruments-pilotes" qui testent les besoins à satisfaire et les capacités existantes. Mais on ne va pas faire de la recherche fondamentale à une échelle pilote, cela n'aurait pas de sens.

Quelles sont les autres amplifications de la politique de recherche qui justifient le doublement du budget ?

L'augmentation des moyens doit permettre de développer trois axes qui sont déjà proposés depuis un certain temps. A côté de la recherche fondamentale, la stratégie de Lisbonne appelle un renforcement volontariste de l'excellence technologique de l'Europe. Dans cet esprit, nous mettons actuellement en place des "plates-formes" dans lesquelles les acteurs de la recherche - universités, centres de recherche et industries - se concertent avec le monde financier et les organismes réglementaires pour définir des agendas de développement et rassembler les ressources européennes et nationales, publiques et privées, dans des domaines bien définis. Citons en exemple l'économie de l'hydrogène, le solaire photovoltaïque, l'aéronautique, les communications mobiles et les systèmes informatiques embarqués, la nanoélectronique... L'objectif est de mobiliser une masse critique d'excellence, de savoir-faire et de moyens qui pourraient se concrétiser sous la forme d'initiatives conjointes de plus grande envergure. On peut songer, en particulier, à la création d'entreprises communes, une formule expressément prévue par la Constitution de l'Union.

Un deuxième axe est le financement de la création d'infrastructures de recherche d'intérêt européen. Sur ce thème, il existe un consensus de principe depuis un certain temps. Il faut reconnaître néanmoins que nous échouons jusqu'ici à le concrétiser. Il n'est pas aisé de choisir un investissement d'importance dans un secteur plutôt qu'un autre, ni de décider à quels pays et région reviendra le bénéfice de sa localisation. Mais il nous faut aboutir. Les besoins existent et nous avons mis en place, depuis 2003, le Forum ESFRI (European Strategy Forum for Research Infrastructures), qui mène un débat indépendant sur les choix à faire.

Le troisième volet à amplifier est un fondement essentiel de l'Espace européen de la recherche: le renforcement de la coordination des politiques et programmes scientifiques et technologiques nationaux. Cet objectif est au banc d'essai des actuelles actions ERA-Net pour le soutien à la mise en réseau et à l'ouverture mutuelle des programmes. Comme le prévoit le Traité, le but est aussi d'arriver à une participation significative de l'Union à des programmes "à géométrie variable" exécutés conjointement par un nombre limité d'Etats membres.

Ces nouveaux déploiements de la politique de recherche ne conduisent-ils pas à réduire à la portion congrue les activités actuelles des programmes-cadres sur des priorités thématiques ?

Absolument pas. Ces développements élargissent l'horizon du futur programme-cadre. Mais celui-ci continuera à consacrer une large part de son budget au soutien de la coopération des équipes au sein de l'Espace européen de la recherche, sur des priorités identifiées.

Le sixième programme-cadre, qui atteint seulement aujourd'hui sa vitesse de croisière, financera des projets jusqu'en 2006. Il a introduit, en particulier, les soutiens aux réseaux d'excellence et aux projets intégrés. L'impact de ces nouveaux outils dynamiques pour structurer le potentiel de recherche dans l'Union vient d'être analysé par un groupe d'experts et leur efficacité sera renforcée.

Quant à l'adaptation des choix pour les priorités thématiques, ce sera le résultat du travail d'évaluation et de concertation qui commence en 2005 pour la préparation technique de ce prochain programme-cadre, qui démarrera fin 2006. Il existe en tout cas un large accord politique pour intégrer à part entière deux domaines nouveaux dans les priorités de recherche. D'une part, les applications et les programmes scientifiques spatiaux, qui constituent désormais une compétence clairement confiée à l'Union par la Constitution. Dans cette perspective, l'ESA et la Commission ont déjà signé un accord de coopération pour développer des axes communs de recherche. Et, d'autre part, l'enjeu majeur de la sécurité, qui fait en ce moment l'objet d'une action préparatoire chargée de mettre sur pied les éléments d'un programme spécifique.

Qu'en est-il des thèmes transversaux qui ont fait l'objet d'une intense mobilisation de l'action communautaire, tels la problématique "science et société" ou le soutien à la recherche en faveur des nouveaux Etats membres ? Et la coopération scientifique internationale, autrefois un programme bien identifié, n'a-t-elle pas perdu de sa visibilité au sein des priorités thématiques ?

Si le dialogue science-société n'est pas repris explicitement dans les orientations discutées aujourd'hui, c'est parce que ce thème ne se pose pas, dans le contexte actuel, en termes financiers. Mais je ne comprends pas pourquoi il faudrait en conclure, comme cela m'est revenu, que la Commission se désintéresserait de ce problème. Depuis le lancement du plan d'action "science et société" en 2001 - une initiative dont nous sommes très fiers - nous n'avons cessé de mettre cette question sur le devant de la scène. C'est un combat très important, par exemple sur la place des femmes dans la science, que nous entendons évidemment continuer.

Au plan de la coopération avec les pays tiers, le sixième programme-cadre dépasse le seul financement de petits projets spécifiques dans une multitude de pays. Cette approche souffrait d'une trop grande dispersion, sans réelle garantie de résultats. Nous continuons, par contre, à appuyer des mesures de soutien à caractère plus transversal - en matière de recherche sur la santé, l'alimentation, l'environnement ou encore de formation des chercheurs, etc. -, en nous efforçant de coordonner cela à l'échelle de grandes régions.

Mais, ce qui est nouveau et important, c'est que l'Europe offre à ses partenaires tiers - et les nouveaux pays membres étaient, jusqu'à cette année encore en dehors de l'Union -, de bénéficier à part entière des soutiens communautaires en participant à des projets européens. Cette ouverture de nos programmes est une opportunité d'une valeur remarquable. Si une université ou un laboratoire chilien, algérien ou philippina une expérience scientifique pointue dans un domaine, nous proposons de financer son intégration à un réseau ou un projet d'excellence, exactement au même titre qu'un participant de l'Union. Il s'agit là d'une conception vraiment stimulante et égalitaire de la coopération que nous estimons beaucoup plus profitable pour nos partenaires - et également pour l'Union.

En ce qui concerne les nouveaux Etats membres, il faut souligner que la participation, la valorisation et le renforcement de leur potentiel de recherche passent, bien sûr, par une mobilisation au niveau du programme-cadre, mais aussi au travers d'une approche globale de leur intégration dans l'Union. A cet égard, toutes les politiques européennes qui concernent le redéploiement de ce potentiel doivent être mobilisées, en particulier dans le cadre des fonds structurels européens.

Orientations stratégiques pour la politique européenne de recherche http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/cnc/2004/com2004_0353fr01.pdf

Source : RDT Info N°43 - Novembre 2004




Sources d'énergie : la recherche européenne sur l'énergie photo-voltaïque et sur la biomasse .

Le 16 novembre dernier, une conférence de presse organisée par la Commission européenne à Upsal (Suède) a présenté les percées de la recherche dans le domaine des technologies de l'énergie photovoltaïque et de la bioénergie. La hausse des prix pétroliers, les défis environnementaux et l'évolution de la législation ont fait naître un urgent besoin de développer des alternatives permettant des remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables. La biomasse tirée du bois, les résidus agricoles et les déchets organiques sont les seules sources d'énergie renouvelables capables de fournir des carburants liquides à grande échelle pour les transports. Les panneaux photovoltaïques à énergie solaire peuvent être intégrés dans les toits et les bâtiments pour couvrir, à long terme, pas moins de 10%-60% de la demande d'électricité dans des pays comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la Suède.

"Le secteur européen des transports dépend à 97% du pétrole, dont la majeure partie doit être importée. Nous devrions donc faire l'impossible pour développer des sources nouvelles et renouvelables d'énergie afin de réduire notre dépendance vis-à-vis des sources extérieures, tout en protégeant notre environnement, a déclaré Louis Michel, commissaire européen à la recherche. Nous devons trouver des solutions pour convertir les récents résultats de la recherche en alternatives rentables et appropriées pour une utilisation quotidienne".

L'UE soutient les travaux de recherche et de développement technologique axés sur une série de sources d'énergie renouvelables utilisant les technologies de l'énergie photovoltaïque et de la concentration héliothermique, ainsi que l'énergie éolienne, la biomasse, l'énergie marine et les sources géothermiques.

L'énergie photovoltaïque : l'énergie directe du soleil.
Son nom provient du principe selon lequel les "photons" (unités de lumière) tombent sur une cellule en produisant une "tension". Deux projets consacrés à la production d'électricité photovoltaïque ont été présentés :

Une alternative au silicium (projet PROCIS) : des chercheurs de Suède, d'Allemagne, de France et de Suisse ont développé une technologie efficace et peu coûteuse, utilisant des produits de remplacement du silicium (CIS) pour produire des modules moins chers de pile solaire. C'est le début de la nouvelle génération d'une technologie présentant un bon rapport coût-efficacité pour le traitement des modules solaires.

Modules photovoltaïques "Roll-to-Roll" (projet H-Alpha-Solar) : le silicium reste un matériau clé en technologie photovoltaïque - mais comment le rendre plus souple et moins cher ? Des chercheurs de France, du Portugal et des Pays-Bas ont travaillé en collaboration pour développer la nouvelle technologie en couche mince qui ouvre la voie à la fabrication en série d'appareils à énergie solaire à base de silicium, avec un bon rapport coût-efficacité.

La biomasse : l'énergie verte de la terre.
L'Europe possède d'immenses ressources de bois, de résidus agricoles et de déchets organiques, qui peuvent être transformés en éthanol ou produire de l'hydrogène pour les piles à combustible. Ces deux produits réduiront notre dépendance à l'égard des combustibles fossiles.
Deux projets sur la technologie de la bioénergie ont été présentés à la conférence de presse :

Utiliser la biomasse pour remplacer l'essence (projet TIME) : Si les Brésiliens peuvent remplir leur réservoir de carburant avec un dérivé de canne à sucre et prendre la route, pourquoi l'Europe n'utilise-t-elle pas ses ressources en biomasse pour faire de même ? Une équipe de chercheurs du Danemark, de Finlande, de Hongrie, d'Italie, de Suède et des Pays-Bas essaie de présenter une solution. Ils centrent leurs travaux sur la conversion de la biomasse en éthanol (en utilisant la cellulose des végétaux et des arbres) afin de remplacer l'essence.
Site internet du projet : http://timeproject.vtt.fi

Utiliser la biomasse pour produire de la bioélectricité (projet BIOELECTRICITY) : La combinaison "biomasse et hydrogène" est-elle la combinaison parfaite à utiliser à l'avenir pour les applications stationnaires et les transports ? Une équipe composée des principaux instituts de recherche et fabricants de piles à combustible, provenant de France, de Grèce, d'Italie, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et d'Italie, a expliqué comment la biomasse est convertie en hydrogène de manière à produire de l'électricité dans une pile à combustible.
Site internet du projet : http://www.bio-electricity.tnw.utwente.nl

— Newsletter Europe | Novembre 2004 —